Destivelle au delà des cimes

Une bien belle image de la montagne proposée par cette passionnée et réalisée par Rémy Texier, déjà présent sur Ushuaia, avec la voix de Bernard Giraudeau.

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Extrait du site internet du dauphiné Libéré par La Rédaction du DL | le 08/03/09

Au-delà des cimes »  est sortie en Rhône-Alpes le 18 mars. La montagne, en déficit de séduction, se rappelle au souvenir du grand public. Et en haut de l’affiche, une icône de l’alpinisme, bel exemple en cette Journée de la femme. La voix off, familière, vous entraîne : « D’habitude elle disparaît derrière un rocher. Cette fois-ci, nous n’allons pas rester au pied de la montagne.

Catherine va nous emmener avec elle et livrer un peu d’elle-même et de la passion qui l’anime ». C’est Bernard Giraudeau, acteur et alpiniste éclairé, qui raconte. Son timbre de théâtre illustre des images de montagne que l’on n’avait pas vues depuis longtemps dans les salles obscures. Le film Au-delà des cimes sort, en avant-première, à Lyon, le 9 mars. Et c’est un événement. Car depuis 1958 et Les Étoiles du Midi, de Marcel Ichac avec Lionel Terray, il y eut certes des fictions alpines, pas franchement inoubliables, des téléfilms plus réussis, mais rien de comparable. Aucun grand documentaire d’altitude n’avait réellement séduit le 7e art français. Pour la première fois, un film de montagne est intégralement tourné avec des moyens de cinéma, permettant ainsi de pénétrer dans l’intimité des ascensionnistes. Comme si, dans le confort de son siège, on grimpait avec eux, tout en grignotant du pop corn. Réalisé en 2006 pour la télé, ce documentaire se cherchait un destin sur grand écran. Après une diffusion sur France 5, le réalisateur Rémy Tézier, fort du Grand Prix du Festival d’Autrans, s’y emploie. Les relations de Catherine, sa notoriété et l’intérêt éveillé chez Pathé, propriété de la famille Seydoux, attachée à Chamonix, feront le reste. Deux ans plus tard, le film, soutenu par un distributeur, s’apprête à crever l’écran, reformaté en une durée de 1h 20. Ses atouts ? Des plans vertigineux à la tangente des parois de granit, des travellings verticaux à l’aplomb des cimes qui relient les alpinistes au ciel, et surtout le naturel de l’actrice principale. C’est en 2002, à La Réunion, que Destivelle rencontre Tézier. Ils tournent un docu-fiction pour France 2, sur le thème « grimper sur Mars ». « Pas terrible » dixit l’alpiniste « cash ». Qu’importe la cordée était formée. Elle s’associera à de grands noms de la prise de vue comme Thierry Machado, chef opérateur sur Microcosmos ou Le Peuple migrateur. L’idée est simple : Catherine Destivelle emmène à la conquête de trois sommets-phares du massif du Mont-Blanc, trois personnes qui ont marqué sa vie. Pauline, son ancienne élève, sur le grand Capucin, Claire, sa soeur cadette, pour un bivouac au sommet du Grépon et enfin Lothar Mauch, le Pygmalion de sa jeunesse à l’assaut de l’aiguille Verte. Chemin faisant, entre roc et glace, les grandes étapes de son existence d’alpiniste rejaillissent. Elle franchit une crevasse béante et s’échappe le souvenir de ce jour où, sur la mer de Glace, elle a failli mourir, après une chute de 30 m dans un trou comparable. Ce fut deux mois de tournage épique. Dans le couloir Couturier, toboggan glacé de la Verte, l’équipe est happée par le mauvais temps. Catherine est évacuée in extremis mais le réalisateur et ses opérateurs devront bivouaquer à même la glace plongeante toute une nuit.

Unique en son genre

Qu’est-ce qui lui vaut donc les honneurs tardifs du cinéma ? À la charnière des années 90, le rayonnement de Destivelle a saupoudré un peu de glamour dans le milieu macho des ascensions compétitives. Seule femme à avoir gravi en solitaire les plus grandes faces nord des Alpes, et peut-être seule alpiniste encore en activité à la notoriété intacte. En tout cas, l’unique rescapée de l’ère choc et toc des années 80 et du pic de médiatisation de la montagne. Destivelle, « la Destivelle », est unique en son genre. Adoubée chevalier de la Légion d’honneur par Pierre Mazeaud, elle est restée une diva des cimes sans fard, en grosses chaussures et au caractère sans détour. Être une femme là-haut, elle ne s’en rend même plus compte. « En montagne je suis presque asexuée », dit-elle. Et ce film est à son image, sans rôle de composition. « Rémy m’a donné l’opportunité d’entraîner le spectateur un peu plus au coeur de la montagne. Il m’a laissé le choix de mes complices afin que nos attitudes, nos échanges durant le tournage soient vrais et justes ». Le réalisateur a bien essayé de lui faire « jouer » des dialogues préconçus. Mais « la Destivelle » n’est pas si docile. « Je ne peux pas dire des choses que je ne ressens pas ». Aujourd’hui, elle parcourt le monde pour dispenser ses conférences aux cadres des entreprises. Elle leur apprend à construire sa confiance. Question de préparation physique, mentale. De concentration. Depuis 1985, elle vit de la montagne et ce sans être guide. Là encore elle est à part. Les sponsors s’accrochent à elle, tel l’équipementier Lafuma. Dans le gotha des femmes qui sortent de l’ordinaire, elle demeure le parangon de l’alpinisme. Des documentaires à la télé, elle en fait un wagon, pour Canal plus ou le National Geographic. On l’a vue dans une pub pour la SNCF avec Ruquier. Mais cette fée cathodique versatile l’a quelque peu désenchantée. Médias et montagne : relations houleuses faites d’incompréhension et de séductions non satisfaites. Lors d’un débat public, Destivelle a même rudoyé le correspondant du Monde – « Il avait écrit que j’avais fait balayer la face nord des Grandes Jorasses avant mon passage » – et le débonnaire Nelson Monfort avait reçu en pleine figure toute sa rancoeur envers le milieu de la télé, peu disposé à relancer une grande émission sur la montagne, sorte de Thalassa des cimes. En même temps, si à 46 ans, Destivelle est toujours là, c’est qu’elle ne s’est pas laissée manoeuvrer par le soleil de l’audiovisuel et a su dire stop aux surenchères. L’alpiniste le dit dans son film : elle n’a jamais eu l’impression d’une prise de risques excessive. « Et quand je réalise mes projets je me sens presque invulnérable.  » Et le cinéma vient de la rendre immortelle.

La Bande annonce du film

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Une réflexion sur « Destivelle au delà des cimes »

  1. Admirateurs de Catherine Destivelle,nous avons vainement cherché , depuis le 18/03, une salle diffusant ce film sur NANCY!Enfin, il ns a été permis de le voir à Lunéville en faisant 60 kms AR !SUPERBE!!Beaucoup d’humanité et des photos splendides . Regrets qu’aucune émission de Montagne ne soit diffusée par les Médias !!!Pas assez rentable ??

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